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Roger Oxöh

explorateur en perdition

Raccrochez c'est une horreur | 09 juin 2009

 

[Archives N° 346]

 

En ce début d'été, il faisait sur la région ligérienne

un temps chaud et cependant maussade.

Peut-être l'odeur de fauve se ressentait-elle dans cette

atmosphère. Roger sortait ses clefs Allen, tournait le verrou

et entra dans son petit appartement habité par quelques

fantômes qui le traversent parfois.

Un miroir au cadre de bois innondait d'un légère luminosité

un couloir long et sombre.

 

Au loin, tout là-bas, à plusieurs centimètres de là, attendait

patiemment la douce Loubna. Celle qui aimait Roger, celle

qui le regardait partir vers sa voiture, la même qui lui

déposait ses chaussons aux pieds de son canapé quand il

rentrait de son travail.

- C'est moi, Loubna, tu es là? Appela-t-il.


Un bruit de pas précipités se fit entendre. Peu après,

elle apparut dans le couloir, un sourire aux lèvres.


- Donne ton manteau en peau de zèbre,je vais te

débarrasser, dit-elle.


- Oh, Quelle délicate attention, répondit simplement Roger.


- Tu viens? Fit gaiement Loubna.


Arrivé au salon, Loubna se glisse dans un fauteuil

de cuir et soupira. 


- Viens sur mes genoux, dit-elle. Je vais te raconter

quelque chose:


"Tout a commencé ce jour où le téléphone sonnait

pendant que je nettoyais mes mains couverte de

doigts; j'avais travaillé sur la chaîne de bicyclette et,

après avoir enlevé le plus gros avec un gros chiffon,

je les avais plongées dans un acide, j'étais en train

de les frotter quand le téléphone sonna."



- Tu as réparé le vélo à l'intérieur de la maison ?


- Je te demande de ne pas m'interrompre, dit Loubna,

pour une fois que j'ai quelque chose à raconter de ma

journée et toi, tu ne m'écoute pas!.


- Désolé, soupira Roger en baissant la tête.


- Dégoulinant de détergent et de doigts souillés, dit-je,

et sans pouvoir retrouver mon chiffon, poursuivit-elle,

je portais comme je le pus le combiné à mon oreille.


- mouais et alors ?!


- j'entendis une petite voix exitée qui me dit:


"Allo, allo, tu sais ce que je tiens dans la main ?

hein ? hein ? tu le sais hein ?!! rhaaaaa!!!


Roger se leva, ses yeux grand ouvert,brillaient

de vert puis d'orange puis de rouge par la reflexion

d'un feu tricolore.


- sûrement un pervers, j'espère que tu avais

immédiatement jeter le téléphone, verrouillé

la porte d'entrée pour te cacher dans le placard

à balai ?



- non ... j'étais curieusement attentive à cette voix,

je voulais savoir... je... j'étais comme... comme figée

par cette voix, je voulais savoir ce qu'il tenait dans

cette main. Cette voix me semblait tremblante,

énervée par mon silence, j'entendais un souffle roque

comme un soupir ...un gémissement..., je ne disais rien,

j'attendais qu'il parle de nouveau.

Roger, se leva, le corps tendu comme un i grec,

fixa un instant la pendule qui indiquait maintenant

22 heures 10 minutes et 15 secondes, 36 ... 55 ...

il se rassit puis lança:



- Quand Elvis Presley apparaissait, les jeunes filles

hurlaient, se trouvaient mal. Elvis, qui s'accompagnait

toujours de son affreuse coupe de cheveux avait une

très belle voix, ce que l'on ne peut  pas dire de tous

ses imitateurs. Il mourut en 1977 mais tous les

hommes préféraient Marilyn Monroe.

Pourtant derrière ce visage souriant se cachaient

des problèmes complexes qui devaientconduire

l'actrice à mourir en 1962 d'un abus de dynamites ...

Oui, C'est complètement absurde ce que je te

dis, tout comme cette histoire. Mais bon

sang Loubna!, qu'a dit cette voix ? je veux

le savoir ?!


- mon téléphone ...

- quoi ?

- ce qu'il tenait dans sa main; c'était son téléphone !

 - Ah bon!? Fit Roger.


Loubna se jeta sur lui avant qu'il n'ait eu le temps de

tenter quoi que ce soit, et l'embrassa.

Ils se regardèrent. Roger approcha sa bouche

de l'oreille de Loubna et chuchota:

- Je t'aime...



Bien sûr, il lui avait déjà dit qu'il l'aimait. Bien sûr,

il lui avait dit des milliers de fois. Mais ce sentiment

était toujours le même. Il voulut le lui dire. 


 
- Il en est de même pour moi, mon chéri, déclara

Loubna. Personne ne pourra remplacer ton sourire.

Tu es unique, grâce à plein de petites choses.

Personne n'a ta démarche de crabe. Personne n'imite

aussi bien que toi le petit cri du cochon d'inde qui me

fait sottement rire.



- Embrassons-nous encore... souffla Roger.



Ils s'embrassèrent donc. Au loin, on entendait

''Le Rap à fromage'' des De La Soul.

D'où cela venait-il? Quelle importance, du moment

que c'était là. Bientôt, la musique, l'amour,

les entraînèrent dans un tourbillon sans fin.

Il n'y avait plus de plafond, plus de mur.

Angers était loin. Ils virent passer une mouette,

au dessous d'eux. Puis deux. Maintenant, ils étaient

sur la mer. Ils frissonnèrent... était-ce le vent qui

s'était levé et qui faisait frémir un peu leur peau?

Quelques nuages voilèrent le ciel. A mesure que les

notes s'envolaient, la musique devenait de plus en

plus belle, et le ciel de plus en plus gris. 


Des larmes de joie dans la voix, la musique jouait.

Quelques gouttelettes de pluie vinrent alors

troubler cet océan, tels des missiles scuds que

le vent sifflant emportait au loin avant de les

renvoyer à la figure des amoureux. Après quelques

instants les gouttes grossirent, s'écrasant lourdement

sur la surface de l'eau.

 

Loubna, que la folie saisissait, se voyait finir au milieu

des éclairs... Plus la musique jouait plus le temps

s'agitait, plus le ciel s'assombrissait, plus les vagues

grandissaient, se brisant bientôt contre leurs pieds

dans une explosion d'écume crépitante, poussées par

des bourrasques assassines... leur baiser dansait sur

cet air tourmenté, cet océan symphonique, cet opéra

dramatique, les vagues étaient à présent immenses et

la pluie tranchait le ciel plus sombre que la plus noire

des nuits, c'était affreusement grand et terriblement

beau, si beau que ça faisait mal, la musique hurlait

sa douleur, de plus en plus fort, les notes tourbillonnaient,

le vent devenait tornade, les vagues devenaient rouleaux,

les amants tournoyaient, autour de leurs bouches,

autour de leurs mains... Soudain ... tout s'arrêta.



   - Marions-nous...

   - Pourquoi n'est-ce pas déjà fait?

   - bah, non!


Ils rirent. Ils étaient heureux.

Toute la nuit, ils restèrent enlacés, collés,

décollés, toujours nus, à parler, ou à s'embrasser,

ça en deviennait pénible pour les passants.



Dans un sourire, un souffle, un battement de cils,

ils se dirent ''je t'aime''. Ce sourire brille encore au

fin fond des étoiles...

Ce souffle chante encore dans les hautes couches

de l'atmosphère actuellement nocif...

Ce battement de cils scintille toujours quelque part.

Ils s'aiment.


Un tambourinement violent et répété tira Roger de sa rêverie.

La porte de sa chambre s'ouvre, une tête chevelue innondée

de bigoudis surgit:



- Roger, debout faudrait sortir le chien avant qu'il ne

pisse sur le tapis: ça fait 2 heures qu'il attends et

ensuite tu ranges ta chambre, tu changes les draps,

c'est une vraie porcherie!"

- oui môman!


Publié par beurk à 19:06:52 dans Les carnets de Roger | Commentaires (3) |

Profil statique

 


 


"Sinistre conscience:


Si tu dois absolument


envahir la mienne,


laisse moi un message."

No comprendo ?

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